Le top d'internet

Wikio - Top des blogs - Science

mercredi 12 mai 2010

Spectacle de bombes


Pour les besoins d'une émission de télé, une équipe s'est approchée près de la zone explosive. L'Institut Islandais de volcanologie avait donné son accord ! Boom boom !



Le volcan islandais reste une menace persistante pour le transport aérien européen. Son regain d'activité a perturbé, ces derniers jours, plusieurs aéroports. Pour mieux analyser le comportement de l'Eyjafjallajökull, deux équipes de volcanologues européens sont arrivées début mai en Islande. Patrick Allard, de l'Institut de physique du globe de Paris (CNRS-CEA), en fait partie. Il a pu se rendre au sommet du volcan.

Comment expliquer les caprices de l'Eyjafjallajökull ?


Ils sont avant tout dus aux changements de direction des vents. L'éruption, elle, continue. Elle a débuté le 20 mars par l'émission tranquille d'un magma basaltique fluide (47 % de silice) au bord du glacier épais de 200 mètres qui couvre le volcan. Depuis le 14 avril, c'est un magma différent, plus riche en silice (57 %) et donc, plus visqueux, appelé andésite, qui a fait éruption de manière explosive au travers du glacier, par le conduit central du volcan.

La fragmentation violente de ce magma par les gaz qu'il contient, ajoutée à la vaporisation initiale de l'eau issue de la fonte du glacier, a engendré de puissantes colonnes de cendres. Cette activité explosive s'est poursuivie depuis, avec des fluctuations d'intensité, mais produit toujours d'abondantes quantités de cendres. Tant que ce régime éruptif se poursuivra, le ciel européen restera sous la menace des nuées volcaniques. Ces derniers jours, on a observé une production accrue de cendres, ainsi que de leur taille, en coïncidence (fortuite ou non) avec une crise sismique profonde (20-15 km) qui annonce une nouvelle réalimentation du volcan en magma frais.

Cela signifie-t-il qu'il n'a plus besoin de mêler magma et glace pour produire des cendres ?

Tout à fait. On a affaire en ce moment à une pure fragmentation explosive du magma, sans interaction avec la glace (les cendres émises sont "sèches"). Nous avons pu aussi le vérifier en atteignant le bord du cratère, samedi 8 mai, pour y effectuer des mesures de la composition des gaz magmatiques par spectroscopie infrarouge. Cependant, les interactions entre magma et glace restent hautement possibles, car il reste de la glace dans le cratère de 300 m de diamètre formé par l'éruption, et tout autour le glacier est fracturé, avec de gigantesques crevasses béantes.

Comment s'est passée votre exploration vers le cratère ?

Cela a été un moment très intense. Nous étions à seulement 800 m des bouches éruptives et la colonne s'élevait à trois kilomètres. Heureusement, le temps était très clair, ce qui nous a permis de suivre la trajectoire des blocs de lave, certains de taille métrique, qui étaient éjectés jusqu'à un kilomètre de hauteur. En presque quarante ans d'expérience des volcans actifs, c'est l'une des activités les plus impressionnantes qui m'aient été données de voir d'aussi près.

Avez-vous une vision claire de ce qui se passe en sous-sol ?

Non. Les séismes enregistrés avant et pendant l'éruption définissent des conduits d'alimentation quasiment verticaux venant de 20-25 km de profondeur, mais on ne dispose pas d'imagerie précise du réservoir magmatique du volcan. Pour cela, il faudrait faire une sorte d'échographie du système, en déployant un réseau sismique très dense. Les équipes islandaises n'ont pas encore eu les moyens de le faire, même si elles gèrent très bien leur volcan.

Avez-vous une idée de la durée de l'éruption ?

Difficile de répondre ! Cela dépendra de son alimentation en magma et en gaz. La surveillance géophysique a bien détecté les injections de magma avant et pendant l'éruption, ainsi que les déformations associées à ces injections. Le régime actuel suggère que l'éruption pourrait durer de plusieurs semaines à plusieurs mois. La précédente éruption de l'Eyjafjallajökull avait duré plus d'une année, de décembre 1821 à janvier 1823.

A l'époque, le volcan Katla tout proche, et plus massif, s'était lui aussi réveillé...

En effet. Mais pour l'heure, il n'y a aucun signal anormal enregistré sous le Katla.

(source : Le Monde.fr)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire